SOLIDARITE AVEC LES PEUPLES TCHADIEN ET D’AFRIQUE
RUPTURE AVEC LA FRANCAFRIQUE
Le voyage de Nicolas Sarkozy au Tchad est venu solder le dernier conflit meurtrier en date entre les peuples d’Afrique francophone et la Françafrique : un champ de ruines, celui de la capitale N’ Djaména, un pays exsangue, tel est une nouvelle fois le décor de la coopération franco-africaine et de ses armées pour lesquelles de nouveaux contrats juteux ont été passés. Exit la rébellion venue de l’est, exit également trois responsables emblématiques de l’opposition pacifiste au régime dont Ngarlégy Yorongar, kidnappés par les hommes de main d’Idriss Déby… Mais que voudraient retenir certains médias de l’événement ? La carte postale d’un voyage de noces présidentiel sous les Tropiques ?!
Cette peopolisation ne parviendra pas à masquer les contradictions croissantes du régime: l’ouverture-débauchage à gauche, concernant principalement des postes clés du secteur réservé du Président - les porte-feuilles des affaires étrangères (Kouchner), de la Coopération (Bockel), des droits de l’homme (Rama Yadé), de l’immigration (Fadela Amara), la direction du FMI (Strauss Kahn), une mission sur les institutions internationales (Védrine)- vise à une gestion consensuelle donc renforcée de l’ordre néo-colonial …Le coup de gueule de Rama Yadé lors du séjour de Kaddafi en France, le discours de Bockel en début d’année appelant spectaculairement à la « rupture à l’égard de la Françafrique », le soliloque obsessionnel du Président sur ce sujet en Afrique du Sud, la première visite officielle de DSK comme Directeur général du FMI réservée au Burkina Faso …en disent long sur la déliquescence du néocolonialisme et d’une manière générale sur la crise des relations Nord-Sud. Dans les faits, le peu d’application des principes affichés de bonne gouvernance voire leur inversion cynique, dénoncés légitimement par le collectif des Tchadiens de l’étranger ainsi que par la plate-forme citoyenne France-Afrique[1] à l’initiative de Survie, ne résultent t’ils pas également de la réserve paradoxale des gauches républicaine et antilibérale, des syndicats, des forces démocratiques en règle générale de notre pays? Dans le même ordre d’idée, l’aventurisme de l’opération Arche de Zoé au Tchad procède en grande partie du déficit en matière de citoyenneté sur cette question. La rupture publique et dans les actes à l’égard de la Françafrique, c’est d’abord les forces de progrès qui doivent l’assumer, en faisant de l’abolition du néo-colonialisme une cause nationale.
En effet, où en est la démocratie d’un pays qui maintient sous dictature la plupart des pays de sa zone d’influence –les plus « intéressants » en termes économiques et stratégiques- et cela en dépit de la volonté majoritaire et agissante de leurs peuples, exprimée depuis la chute du mur de Berlin par l’organisation de conférences nationales souveraines, de grèves générales, de mouvements pacifistes comme armés de libération? Où en est la démocratie d’un pays qui a probablement décroché, à l’échelle occidentale, la palme de la corruption étatique -en bonne part sous l’influence des réseaux et des lobbies françafricains- et des violences urbaines (2005 et 2007) , les banlieues françaises devenant un ghetto pour trop d’immigrés et de clandestins issus des pays ex- colonisés? Les Etats-Unis, responsables de la destruction de l’Irak, sont mis en cause par la communauté internationale et par leur propre peuple au Congrès américain ; le sionisme, qui sévit à l’encontre des intérêts palestiniens, doit rendre des comptes également à l’ONU et à l’union européenne…De même, il est urgent que les forces démocratiques françaises, en collaboration avec les gouvernements et les oppositions progressistes africains, soldent les comptes des relations franco-africaines : génocide rwandais dans lequel est impliquée l’armée française en 1994 et qui parasite encore toute la région des grands lacs (Burundi, Congo Kinshasa…), soutien de la dictature mobutiste au Congo Kinshasa jusqu’à sa chute en 1997, guerre civile au Congo Brazzaville en 1997, commanditée par la multinationale ELF et à l’origine de la destruction de l’Etat de droit naissant, guerre civile en Côte d’Ivoire déclarée à partir de la base arrière burkinabé de la françafrique et qui entraîna la partition du pays, maintien de la dictature togolaise d’Eyadéma par complicité renouvelée de truquage d’élections nationales, maintien de la dictature de Paul Bya dans le Cameroun pétrolifère, à l’origine d’émeutes en février dernier pour prévenir le truquage des prochaines élections dans ce pays (2008)…
La responsabilité de la gestion alternative du néocolonialisme incombe également aux forces antilibérales et altermondialistes, le pré-carré francophone étant par nature ultra-libéral et subissant les recettes mortifères du FMI et de la Banque mondiale, sous-traitées par la Coopération et des dictateurs aux ordres…Au moment où le continent latino-américain s’émancipe et affirme son identité géo-politique, n’est-il pas temps de contribuer à sortir également l’Afrique de la relégation ? Le rendez-vous des peuples est actuellement au Tchad et nous sommes invités à exiger du couple Sarkozy-Déby la libération immédiate de Mamahmat Ibni encore aux mains des tortionnaires françafricains ainsi que l’annulation du dernier contrat d’armement, signé fin février à N’djaména au mépris de la mission d’information parlementaire dirigée par le PS pour faire la lumière sur les contrats franco-lybiens de l’automne dernier. D’une manière générale, pour éviter de nouveaux drames, nos élus ne doivent-ils pas prendre position pour un moratoire concernant les ventes d’armes en Afrique ainsi que pour la création d’une commission d’enquête parlementaire qui, sur la base du livre blanc de la plate-forme citoyenne[2] , établisse le bilan et les éléments d’une réforme en profondeur des relations franco-africaines ?
L’histoire, qui fit coïncider la fin du colonialisme et de la guerre d’Algérie avec la naissance de la 5e République, manifeste la communauté de destin qui régit les relations franco-africaines. Pour clore le cycle des tragédies de la démocratie et du développement en Afrique francophone, pour venir à bout de la négrophobie en France, fonds de commerce de l’extrême-droite, pour éviter la bouc-émissairisation de l’immigration clandestine et résoudre en bonne part ce problème de société par une coopération assainie, pour sortir d’une forme de gouvernance dont l’irresponsabilité nuit aux intérêts des Français eux-mêmes et reconstruire un projet de société adapté aux enjeux présents et futurs, faisons de l’abolition du néocolonialisme une cause nationale !
LIBERATION IMMEDIATE DE MAMAHMAT IBNI
ANNULATION DU DERNIER CONTRAT D’ARMEMENT SIGNE AU TCHAD
PROMULGATION D’UN MORATOIRE CONCERNANT LES VENTES D’ARMES EN AFRIQUE
CREATION D’UNE COMMISSION D’ENQUETE PARLEMENTAIRE, EN COLLABORATION AVEC LA PLATE-FORME CITOYENNE FRANCE-AFRIQUE
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